Biographie

Quand Julien Clerc parle de sa quête, il s’agit de textes. Compositeur et chanteur, il cherche toujours les mots qui vont faire les chansons, les phrases et les images qu’il va faire s’envoler. Sa quête est aboutie quand douze textes font sens, quand douze textes deviennent musique, quand douze textes font un album.

Sur l’album Fou, peut-être, les mots qu’il chante sont principalement des mots de chanteurs – Charles Aznavour, Maxime Le Forestier, Gérard Manset, Julien Doré, Alex Beaupain, Mike Ibrahim… Et la réalisation de l’album est l’œuvre d’un autre chanteur encore, Philippe Uminski. Ce générique avec un aîné prestigieux, des artistes de sa génération et quelques-uns de ses cadets assure à Julien Clerc une vaste palette. Elle est encore élargie par la présence de Gérard Duguet-Grasser, rencontré au moment de l’album Double enfance, et de Jean-Loup Dabadie, son complice depuis trente ans, dont Le Temps d’aimer est « une chanson qui a une chance de trouver le chemin du cœur du public. »

Pour la troisième fois, Le Forestier est l’auteur de la chanson qui donne son titre à un album de Julien. Fou, peut-être vient après À mon âge et à l’heure qu’il est (1976) et Double enfance (2005). Une fois de plus, Julien a proposé à Maxime de lui tendre le miroir : « Je lui ai demandé un texte sur la paternité à soixante ans. Il m’a donné une chanson avec plusieurs niveaux de lecture. » En effet, un peu comme jadis chez Roda-Gil, on n’entend pas qu’un seul sens quand il chante « Fou, peut-être/Et fier de l’être/Ils sont si doux ces bras de mer/Que je m’y love, que je m’y perds ».

Julien aime se glisser dans l’écriture d’Aznavour avec "Les Souvenirs", chanson qui détaille les vertiges de la mémoire. « Je me suis régalé à faire cette musique avec des clins d’œil à ses compositions – de la musique d’Aznavour revue par Julien Clerc. » Et il retrouve Gérard Manset avec "Le père dit à son fils", dont il a posé le texte sur une sorte de rondeau disco, et la bouleversante chanson qui clôt l’album, "Sur la plage une enfant". Pour ce texte qui évoque en mots limpides une rencontre avec le handicap, Julien a voulu une musique ensoleillée qui n’ajoute pas à la gravité du texte.

Pour la première fois, Alex Beaupain, Mike Ibrahim et Julien Doré écrivent pour Julien, qui aime ce renouvellement : « Ils écrivent peut-être les mêmes histoires que leurs anciens, mais ils les écrivent différemment. Cela me permet de continuer ma quête de compositeur. » Il souligne aussi le passage de génération : « Je me trouve maintenant face à des gens à qui j’ai pu donner – avec d’autres artistes, évidemment – l’envie de faire de la musique. »

Ainsi est-ce Philippe Uminski qui a réalisé l’album. « Il m’a dit : « Si vous voulez bien me confier une chanson, j’aimerais bien vous convaincre. » J’ai trouvé que c’était une jolie phrase et je lui ai proposé une chanson qui, si l’arrangeur ratait son coup, pouvait être épouvantablement kitsch. » C’est Hôtel des Caravelles, sur un texte de Gérard Duguet-Grasser, et qui ouvre l’album : « Une sorte de valse parisienne qui aurait été revisitée par les Beatles. Philippe m’a rendu une maquette qui m’a enthousiasmé. »

Philippe Uminski a donc arrangé l’album avec une variété de couleurs et d’approches étourdissante. Grands vaisseaux orchestraux pour "Hôtel des caravelles" ou "Fou, peut-être", piano-voix pour "L’amour prend tout", rythmique enflammée, accordéon et synthétiseur vintage pour "Où est-elle ?", un big band beatlesien pour "Les Jours entre les jours de pluie"… L’album s’est enregistré très vite, en direct, Julien Clerc chantant avec le groupe pour obtenir un son très organique. « Philippe est le seul qui n’est pas dans le studio. Il se met à la console et dirige la séance tout en jouant des parties de basse très écrites. C’est un réalisateur solide, qui tient bien son cap artistique. » Ensemble, ils ont exploré des territoires nouveaux et ravivé des couleurs familières, navigué entre romantisme enflammé et méditation sereine, entre grande pop orchestrale et intimité dépouillée.